LES TRAVAILLEURS SOCIAUX DOIVENT-ILS ETRE DES MILITANTS ?

Débat lancé dans la revue LIEN SOCIAL, dans ses pages.

Forum atypique organisé par LIEN SOCIAL les 7 et 8 octobre 1999 à Toulouse.

 

paru dans Lien Social n° 499 du 16 septembre 1999 page 15

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Une contribution :

 Conditions sociales

Le travailleur social est chargé, dans son rôle professionnel, de faciliter le développement de la personne, dans le respect auquel ont droit les usagers, en tant que personne humaine (et dans le respect de lui-même).

Le travailleur social, lui-même, en tant que personne, a-t-il le droit de se construire une opinion sur l'état de la société, et sur l'un de ses corollaires, les conditions sociales de l'épanouissement de chacun de ses membres. Et a-t-il le droit, dans sa vie privée, et dans sa vie professionnelle d'agir en société, pour contribuer à créer les conditions minimales du développement de chacun. C'est-à-dire a-t-il le droit de militer ?

militer : vient de "combattre". Défendre ou propager une idée. On peut militer pour, militer contre, c'est-à-dire plaider pour, plaider contre.

 Militer ?

La question de la nature du militantisme doit aussi être posée. Il y a plusieurs sortes de militantisme.

Est-ce que militer consiste à affirmer sa personnalité en société, à s'exprimer, à jouer son rôle, à prendre sa part active, en tant qu'une des personnes de toute la société, égale à toutes les autres ? Afin d'échanger des façons différentes de voir, de confronter des arguments, de s'influencer mutuellement.

Ou au contraire, est-ce que militer consiste à persuader autrui à tout prix, par tous les moyens, de façon à instituer une Vérité, à faire passer Sa propre opinion au grand nombre, à exercer un prosélytisme ? 

 

Le travailleur social, un militant ? inévitablement !

Je ne crois pas qu'un travailleur social doive se taire lorsqu'il constate, dans l'organisation sociale, des défauts nuisibles à l'existence et au développement de l'être humain. Je ne crois pas qu'il doive se résigner devant sa hiérarchie professionnelle, devant les pouvoirs publics, politiques, économiques et autres. Non, je pense qu'un travailleur social peut poser franchement les problèmes qu'il observe, qu'il peut vivre en accord avec lui-même, et lutter si nécessaire quand il pense que des droits élémentaires de l'Homme s'avèrent bafoués, même s'ils sont bafoués avec hypocrisie. (Lorsque des droits de l'Homme ne sont pas respectés, les auteurs trouvent des justifications apparemment plausibles).

Dans le premier sens du militantisme, le travailleur social militant, est un être pensant qui, sur son terrain, évalue ce qui va dans la direction d'une amélioration individuelle et sociale de l'existence de la personne, ou évalue ce qui va à l'encontre, au sein de l'organisation sociale telle qu'elle est. Et qui prend position en confrontant, avec les autres, ses constatations et ses arguments. Et il y a des chances que celui-ci soit moins souvent l'objet de manipulations politiques ou autres que politiques.

Le refus du militantisme, présenté comme une certaine neutralité peut s'entendre comme une manière de "faire l'autruche" et de "jouer le jeu" en faveur d'intérêts qui ne sont pas ceux de la personne humaine ni ceux des usagers.

Le militant prosélyte, qu'il se reconnaisse militant ou pas, qu'il soit travailleur social ou pas, et qu'on trouve aussi aujourd'hui dans toutes sortes d'organisations, officieuses, officielles, privées, publiques, administratives, étatiques, politiques, etc. … n'a d'autres intérêts que de défendre l'idéologie (-isme) dont il se veut porteur.

Derrière les mots

Militant, ou pas militant, le travailleur social ? Il est utile de savoir d'abord ce qu'on met derrière les mots. Et pour ce qui est de défendre, en luttant, en militant, des valeurs respectueuses de l'être humain, il est possible que bon nombre de travailleurs sociaux s'y emploient à leur manière et dans leur contexte, qu'ils se reconnaissent militants ou pas.

 

 

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